© Comité de Waterloo 2013 
Le Comité de Waterloo
A.S.B.L Comité pour les études historiques de la bataille de Waterloo
 Altesses, Excellences, Madame la présidente, Mesdames et Messieurs les organisateurs, Mesdames et Messieurs les invités. C’est pour moi un grand privilège mais aussi un grand plaisir de participer à l’inauguration de cette ferme de Hougoumont magnifiquement restaurée et qui est maintenant entièrement intégrée dans le site de tourisme et de mémoire du champ de bataille. Le travail de restauration que nous pouvons admirer aujourd’hui a été accompli grâce au dévouement exceptionnel de personnes et d’organisations mentionnées dans votre programme. Beaucoup de monde est à remercier mais nous voulons apporter une attention toute particulière aux personnes suivantes : En Belgique, Madame la  Comtesse Nathalie du Parc, présidente de l’Intercommunale 1815, le Comte George JACOBS de HAGEN qui a piloté le «  projet Hougoumont » de manière  efficace avec le support de Michael MITCHELL, Justin DAVIES et Baudouin GALLEZ, notre project  manager. Les Sociétés BAJART et DDGM ainsi que les autres entrepreneurs qui ont tous rempli leur mission avec succès. Nous remercions aussi Monsieur Dominique Allard, Directeur de la Fondation Roi Baudouin, pour son support appréciable. Grâce à l’ensemble des personnes, des organisations privées et publiques qui ont participé à ce projet ambitieux, ce site historique est maintenant sauvé pour les générations futures. Il était primordial pour accueillir les nombreux visiteurs que la restauration de Hougoumont soit complétée par une salle d’exposition permanente et une scénographie alliant les dernières technologies. Un comité de conseillers internationaux a été créé pour s’assurer que l’histoire de cette bataille soit décrite de la manière la plus objective possible ;  ses membres incluent des militaires et des historiens originaires de France, de Belgique, des Pays-Bas et du Royaume-Uni. C’est la société TEMPORA, célèbre société belge, qui fut sélectionnée pour réaliser  cette exposition et cette scénographie empreintes d’actions et d’émotions. Dès l’entrée, en suivant un parcours audio-guidé,  le visiteur entre dans un univers particulier et est plongé dans l’Histoire. Quand le poète Robert SOUTHEY visita Hougoumont en octobre 1815, il écrivit : « Je souhaite que ce site reste  tel  quel, car les ruines elles-mêmes seront toujours le plus beau monument commémoratif pour les hommes valeureux qui sont enterrés ici » Deux cents ans après, c’est la même réponse à  ce souhait qui a inspiré un groupe de volontaires, en Belgique et au Royaume-Uni. Ils ont donc associé leurs forces pour conforter la vision de ce poète.  Nous sommes témoins en ce jour du magnifique résultat de cette restauration, qui permettra aux visiteurs de ce lieu de s’imprégner de l’atmosphère de cette bataille, de la défense de cette ferme et de ses environs par des troupes britanniques, des troupes nassauviennes, des troupes hanovriennes, furieusement attaquées dès 11h30 du matin, par les divisions françaises du prince Jérôme Bonaparte,  et des généraux  Foy, et  Bachelu. Cette ferme de Hougoumont, c’est un exceptionnel coup de projecteur sur la bataille. Ici  se sont déroulés des combats acharnés pendant toute la journée du 18 juin 1815, l’armée française, s’entêtant à prendre cette ferme aux Britanniques et aux  Alliés en dépit de pertes humaines considérables. Pourquoi cet acharnement ? Pourquoi cette furie ? L’histoire retiendra que le verger à l’Est et le bois au Sud de la ferme furent pris et repris plusieurs fois. Que le jardin, étrangement, ne présentait pas de traces de combats évidentes sur  base du témoignage du capitaine Mercer. Que la ferme elle-même fut vaillamment   défendue par les Alliés et les Britanniques qui mirent hors combat une vingtaine de soldats français qui avaient pénétré par la porte Nord avant que celle-ci ne soit fermée par une poignée de soldats britanniques sous le commandement du Colonel  McDONNEL.  C’est cet épisode mémorable qui est maintenant représenté par le nouveau monument érigé à côté de la porte nord et qui sera dévoilé dans quelques minutes. Le Duc de Wellington avait d’ailleurs coutume de dire que la bataille n’avait pu être gagnée que grâce à la fermeture des portes de Hougoumont. La plus belle façon de décrire cet épisode de la bataille est de vous lire un passage des « Misérables », avec, bien sûr, comme toujours avec les auteurs romantiques et particulièrement Victor Hugo, des précautions d’usage en ce qui concerne la réalité historique. « L’orage des combats est encore dans cette cour ; l’horreur y est visible ; le bouleversement de la mêlée s’y est pétrifié ; cela vit, cela meurt ; c’était hier. Les murs agonisent, les pierres tombent, les brèches crient, les tours sont des plaies ; les arbres penchés et frissonnants semblent faire effort pour s’enfuir. Le château servit de donjon, la chapelle servit de blockhaus. On s’y extermina. Les Français, arquebusés de toutes parts, de derrières les murailles, du haut des greniers, du fond des caves, par toutes les croisées, par tous les soupiraux, par toutes les fentes de pierres, apportèrent des fascines et mirent le feu aux murs et aux hommes. La mitraille eut pour réplique l’incendie ». C’est une des explications de l’incendie de cette ferme, mais  il y en a d’autres : Vers 15h, une batterie d’obusiers français commença à pilonner la ferme. Les bâtiments prirent feu. Est-ce dû aux obus ou à l’incendie de la meule de foin qui se trouvait à l’angle de la porte sud ? Nul ne le sait. Beaucoup de blessés périrent brûlés vifs dans l’incendie, notamment dans les deux granges. Après la bataille, le 19 juin, la plupart des bâtiments du domaine d'Hougoumont étaient en ruine ou incendiés.  Les murs des quelques bâtiments encore subsistants étaient parsemés d'éclats d'obus ou de trous de balles.  Le feu n’était pas entièrement éteint. Les arbres étaient dans un état lamentable avec leurs troncs  déchiquetés, les branches et feuilles arrachées. Le verger, selon des témoins qui rendirent visite les jours  suivants au champ de bataille, ressemblait à une scène d’Apocalypse : des entassements de morts,  toutes nationalités confondues, couvraient toute la surface du verger dont les pommiers avaient été à ce point  malmenés qu'ils ressemblaient à des saules. Le fermier d'Hougoumont, revenu tôt le 19 juin, se promenait  hagard au milieu de ce champ de carnage et de dévastation. Combien de morts ? Combien de blessés dans ces combats à Hougoumont ? Nul ne le sait avec exactitude. Environ 3.000 morts et  6000 blessés semblent être des chiffres communément admis et probablement proches de la réalité. Les morts furent enterrés à la hâte dans des fosses communes, dont une, bien localisée, près de la porte Sud. Des bûchers d’incinération  brulèrent pendant plusieurs jours. Et puis, il y a ce fameux puits, qui a fait couler beaucoup d’eau mais aussi beaucoup d’encre. Que n’a-t-on pas dit sur ce puits qui était un puits pigeonnier à l’origine et qui a été  rendu célèbre par Victor Hugo. Il  écrit en 1861 : « On sort de la chapelle, et à gauche, on voit un puits. Il y en a deux dans cette cour. On demande : pourquoi n’y a-t-il pas de seau et de poulie à celui-ci ? c’est qu’on n’y puise plus d’eau . Pourquoi n’y puise-t-on plus d’eau ? Parce qu’il est plein de squelettes. Après l’action, on eut qu’une hâte, enterrer les cadavres.  Ce puits était profond, on en fit un sépulcre. On y jeta trois cents morts. Peut- être avec trop d’empressement. Tous étaient-ils morts ? la légende dit non. Il parait que, la nuit qui suivit l’ensevelissement, on entendit sortir du puits des voix faibles qui appelaient ». La réalité est, bien sûr, tout autre car des fouilles menées au début des années 80 n’exhumèrent que quelques os d’animaux. Par contre Victor Hugo a dit la vérité sur un point bien précis : il y avait bien deux puits dans la ferme. La (re)découverte du deuxième puits, qui se trouve là, a eu lieu il y a peu de temps pendant les travaux de restauration. Je n’oublie pas  de mentionner la rénovation de cette chapelle, ainsi que son Christ rendu célèbre par les écrits de Victor Hugo.  Ce fut le premier chantier de rénovation pour Hougoumont, , commencé en 2007 grâce à l’initiative des Artisanes de la Paix, un groupe de dames membres de l’association Soroptimist international. Elles se sont mobilisées pour restaurer ce symbole de la guerre que les Soroptimistes  entendent transformer en symbole de la paix, dans le cadre du projet européen intitulé «  Construire la paix par le patrimoine local ».  Dans le cadre  de cette rénovation,  le Christ a été une première fois restauré.  Malheureusement, en 2011 on en déplorait  le vol avec effraction. Cette statue  fut récemment retrouvée, très dégradée.  On pourrait presque paraphraser le général de Gaulle en citant : «  Le Christ vandalisé, le Christ volé, mais le Christ retrouvé ! » et, bien sûr, restauré une deuxième fois avec un très grand soin, et qui, maintenant a retrouvé sa place initiale dans la chapelle. Il y aussi un autre objet emblématique, mais celui -ci, malheureusement, n’a jamais été retrouvé : c’est le poêle de Louvain tout neuf  que Mme Dumonceau , la robuste fermière, venait d’installer dans sa ferme avant la bataille,  mais ne l’a plus retrouvé à son retour de Braine-l’Alleud. Elle ne manqua d’ailleurs pas de mettre son poêle en tête de liste des demandes de  dédommagements communiqués à la commune. Ce sont des anecdotes qu’en tant que Guides 1815, nous communiquons  régulièrement  à nos groupes lors de la visite de la ferme de Hougoumont.  Nous ne manquons d’ailleurs pas de montrer le grand nombre de monuments commémoratifs déjà existants : La pierre tombale du capitaine John-Lucie Blackman des Coldstream Guards. La pierre tombale du sergent-major Edward-Cotton du  7ème hussards, qui  participa à la bataille et devint un des premiers guides. Avant sa mort, en 1949, il exprima le vœu d’être enterré dans le jardin de Hougoumont. La plaque du capitaine Thomas Craufurd du des Scots Guards sur le mur méridional du jardin, l’actuel verger (1889) La magnifique plaque de la brigade des Foot Guards placée en 1907 par le comte van der Burch contre le  mur extérieur de la chapelle (1907) Le monument aux soldats français ( 22 juin 1913) dans le fond du jardin La plaque des Coldstream Guards sur le mur extérieur du jardin ( 11 juin 1945) La plaque des Scots Guards, sur le mur de la ferme, à côté de la porte nord,  plaque  inaugurée en présence du duc de Wellington en juillet 1958. La croix portant les insignes des Coldstream Guards et du 3ème Foot Guards, placée sur l’autel de la chapelle (1965) La plaque des Grenadiers Guards sur le mur de la chapelle, qui fait face au verger ( avril 1977) La plaque du Waggon Train sur le mur de la grange( 1979)
“Discours d’inauguration de la ferme d’Hougoumont restaurée”, par M Alain Lacroix